Le mariage précoce au Mali, une réalité bien ancrée

24 mars 2017
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Dans le nord du Mali, le mariage précoce des filles, une des formes de violence à l’égard des femmes, gangrène toujours le tissu social, notamment dans les zones rurales. Le phénomène serait en hausse, même si les statistiques et chiffres fiables manquent.

 

Mariem Ansari, 18 ans, originaire de Tombouctou, a été mariée à 15 ans et a beaucoup souffert de ce mariage précoce, ce qui l’a poussé à fuir le foyer conjugal à maintes reprises. Elle affirme : « Je fuyais cet époux auquel ma famille m’a mariée sans mon consentement. A cause de mes fugues répétées, il a fini par me répudier. Je me suis remariée deux ans près et j’ai donné naissance à un fils ».

 

Mariem Ansari en compagnie de son fils unique

 

Elle se remémore son premier mariage, une triste page de sa vie : « Malheureusement, mon premier mariage me hante toujours et j’en souffre encore ». 

 

Dans les faits, des fillettes sont donc obligées d’assumer la responsabilité d’un mariage et d’une famille alors qu’elles n’ont encore pas passé le cap de l’enfance. Elles se trouvent, contre leur gré, partie prenante d’une relation conjugale qu’elles n’arrivent même pas à assimiler et que ni leur corps ni leur psychologie ne sont capables d’assumer. 

 

Les histoires malheureuses des mariages précoces dans le nord du Mali ont chacune leurs spécificités, mais la souffrance reste toujours la même. Nito Miqa, dont l’histoire ressemble à celle de Mariem Ansari, avait 14 ans quand sa famille l’a mariée sans son consentement à un vieil homme, au village de Bourim, à 30 kms à l’est de Tombouctou. Nito a, elle aussi, fui le foyer conjugal plusieurs fois. Le visage emprunt de tristesse, elle raconte : « Après chaque fugue, mes proches m’obligeaient à revenir  à mon vieux mari. La dernière fois, mon père m’a carrément battue et m’a formellement interdit de venir chez lui… J’ai décidé alors de fuir tout le monde ». Elle poursuit : « J’ai fui ce vieillard de mari et je préfère vivre en enfer que de revenir vivre à ses côtés. J’ai choisi de m’installer à la ville de Gawa, où personne ne me connait et où j’ai vécu, pendant une année, avec une amie mariée. ».

 

Selon Mohamed Ali Ag, expert en affaires sociales, les facteurs religieux figurent, pour nombre de Maliens, parmi les principales causes de la propagation du phénomène du mariage précoce, notamment au nord du Mali. Ceci est dû aux idées véhiculées par la société tribale qui croit ainsi exécuter les préceptes de la religion. « Il existe plusieurs coutumes et traditions erronées qui contribuent à  l’essor des mariages précoces dans le nord du Mali, dont notamment la préservation de l’honneur. C’est un facteur majeur qui pousse les familles à marier leurs filles en bas âge » note l’expert.

 

Pour sa part, Assia Sissi, mère de sept filles, dont quatre ont été mariées à un âge précoce, assume : « Bien évidemment, nous choisissons de marier nos filles précocement afin de conserver notre honneur et nos traditions. D’ailleurs, nous leur choisissons un mari dès le jour de leur naissance… Quatre de mes filles ont été fiancées à leurs cousins entre l’âge de 8 et 10 ans ».

 

Assia Sisi, mère de sept filles, quatre d’entre elles ayant été mariées à un âge précoce

 

Le Dr. Othmen Jalou évoque de son côté les pathologies  que peut causer un tel phénomène, affirmant que le mariage précoce entraine des problèmes psychologiques chez les filles qu’on empêche de vivre pleinement chaque étape de leur vie, mais aussi des problèmes physiques. « Le mariage précoce pourrait causer plusieurs maladies et symptômes parfois méconnus… A titre d’exemple, la grossesse précoce peut entraîner plusieurs complications dont l’anémie, les troubles utérins et même les fausses couches à répétition dont les séquelles sont parfois indélébiles » explique-t-il.

 

Dr. Jalou accuse la juridiction malienne de violer les conventions internationales  qui s’élèvent contre le mariage précoce et  incriminent toute personne établissant un contrat de mariage contraire au droit international. En effet, la loi malienne, qui fixe l’âge du mariage à 15 ans pour les filles et 18 ans pour les hommes, viole le protocole de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples, qui fixe dans son article 6 l’âge de mariage à 18 ans pour les filles. Le Mali a pourtant ratifié ce protocole.

 

Housseyne Ag Issa

 

Projet MDI


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